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Un rocher coupe la ligne du Mont-Blanc Expresspar Daniel ZORLONI |
Le jeudi 26 mars, la ligne à voie métrique reliant St Gervais à Vallorcine a été coupée, au sens propre comme au figuré, par la chute d’un rocher. Il faisait parti d’un groupe de plusieurs blocs qui se sont détachés d’une falaise culminant à plus de 1000 m d’altitude, laissant un impressionnant trou béant dans la paroi rocheuse.
Juste après les faits, la légère couche de neige fraîchement tombée laissait même apparaître la trajectoire des projectiles. Dans cette zone jugée sensible et instable, en contrebas d’un cône d’éboulis, la voie ferrée est protégée en grande partie par des filets maillés de retenue d’éboulements sur les parois coiffant la plateforme. En bas d’une partie plus à découvert, moins abrupte et boisée, mais fortement pentue, un merlon de terre d’environs 200 mètres de long surplombant la voie de près de 15 mètres de haut a été édifié. Il est complété en parallèle à la voie par des câbles de détection de chutes de rochers. Si un seul des câbles est coupé, cela déclenche l’allumage de deux torches à flamme rouge implantées en permanence de part et d’autre de la zone. Et c’est justement dans cette courte ligne droite que plusieurs rochers ont dévalé la pente avant de s’écraser au fond de la gorge du merlon profonde de 5 mètres. Tous sauf un, mesurant près de 2,80 mètres de diamètre, qui a rebondi jusqu’au sommet du merlon avant de le dévaler, traversant la voie pour s’immobiliser contre des arbustes juste deux mètres plus loin, freiné par le terrible choc et son atterrissage dans le ballast. Au passage, il a coupé plusieurs câbles de détection, écrasé la voie en déchiquetant littéralement les rails de roulement, celui de l’alimentation électrique (rail latéral de contact) et broyant plusieurs traverses en bois. L’impact a laissé un trou béant de 60 cm de profondeur dans le ballast en repoussant l’infrastructure de plus de 1 m 50 vers l’aval du remblai.
L’allumage automatique des torches a bien eu lieu alors qu’un TER arrivait des Houches. Le conducteur pouvant apercevoir le trou dans la voie d’assez loin a pu sans difficulté stopper son automotrice bien avant.
Un transbordement par autocar a aussitôt été mis en place entre les gares des Houches et Chamonix alors que des navettes ferroviaires continuaient d’assurer le service de part et d’autre de ces terminus provisoires.
Une quinzaine d’agents de la brigade voie de l’Etablissement Mont-Blanc sont rapidement arrivés à pied d’œuvre. L’endroit étant inaccessible directement par la route, c’est par la voie ferrée que des rails provisoires U 36 en barres de 18 m, des traverses et du ballast ont été acheminés au plus près.
Vers 15 h le jour même, la voie était déjà réalignée à la force des bras. Aux environs des 16 h, un premier rail de remplacement était quasiment mis en place, le second ne tardant à prendre place également.
Jusque tard en fin de journée, il a encore fallu rétablir la continuité du 3ème rail électrique, remplir le trou avec du ballast et reposer les traverses neuves.
Le lendemain devait avoir lieu le nivelage et la stabilisation de la plateforme de roulement. Une inspection devait également être faite sur les hauteurs pour définir si d’autres morceaux de la paroi rocheuse pouvaient encore se détacher afin d’envisager d’éventuelles purges.
Malgré des dégâts importants et une situation peu pratique, le personnel de l’U.O voie de l’EMB (Unité Opérationelle Voie de l'Etablissement Mont-Blanc) a été particulièrement performant suivant une réactivité sans faille du service de gestion de crise.
Même si la substitution routière a permis de maintenir une continuité artificielle des dessertes, ils ont eu à cœur de rétablir au plus vite cette voie ferrée plus que centenaire (dans cette partie) qui est cependant habituée à subir les assauts de la nature sauvage qu’elle traverse et qu’elle offre aux voyageurs ; l’une devant depuis toujours s’adapter à l’autre !