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Christophe MATHIEU

Affiner les vieux essieux JOUEF


par Christophe MATHIEU

Introduction


De nombreux artisans proposent de forts jolis essieux pour nos voitures et wagons. Le choix est large, en terme de diamètres, de longueurs entre pointes et de normes.

Un mouvement général pousse à des normes de plus en plus fines et la tentation de mettre au diapason un stock de matériel parfois acquis depuis longtemps peut se faire jour et le montant de l'investissement faire réfléchir avant d'aller plus loin.

Alors si de fines reproductions artisanales peuvent s'imposer pour les plus beaux matériels mis en vedette ici ou là sur votre réseau, vous êtes peut-être nombreux comme moi à disposer de matériels JOUEF ancien qui se contenteraient volontiers d'une mise aux normes "maison".

Le petit travail que je vous propose là vous permettra, à peu de frais, d'affiner les vieilles roues nickelées JOUEF. Cette amélioration est intéressante surtout si vous n'hésitez pas, en plus, à superdétailler et transformer vos wagons. De nombreux artisans, là encore, proposent kits et pièces des plus intéressants.

L'objectif doit être clair : le résultat sera correct sans atteindre la finesse de reproduction de certaines productions artisanales mais ce résultat peut suffire dans bien des cas.

Les cotes à atteindre


Pour mémoire, toutes ces questions de codes sont ici :
https://www.morop.org/fr/normes/nem310_f.pdf et là :
https://www.morop.org/fr/normes/nem311_f.pdf

Je pars de roues dont le diamètre hors boudin est de 11.5 mm. Le diamètre avec boudin est porté à 12.7 mm soit un boudin de 0.6 mm de hauteur.

L'épaisseur de la roue conseillée est de 2.8 mm. Si ma mémoire est bonne, des essais faits par nos chères revues étaient concluants à 2.4 mm. Les dernières roues LSM mélangeant plusieurs normes affichent 2.6 mm.

Dernier point et pas le moindre : la cote de calage doit être impérativement de 14.3 mm entre essieux dos à dos. ¨Pour ma part, j'ai poussé à 14.5mm.

A vous de voir en fonction de vos appareils de voies et de leur capacité à être franchis sans problèmes à l'endroit des pointes de coeur avec des roues plus ou moins fines.

Matériel nécessaire


Mini perceuse, jeux de mini limes, pied à coulisse et de l'huile de coude !

1. Démonter les essieux
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Il faut se munir d'un outil comme celui en photo pour démonter les essieux sans souci. Pour l'expérience que j'en ai, rien ne lui résiste. C'est produit par NWSL et cela s'appelle un "Puller", disponible en boutique bien achalandée pour une quinzaine d'euros (voir les pubs dans vos revues préférées). A noter qu'il existe un extracteur d'aspect assez différent chez l'Octant dont la largeur utile est réglable de 3 à 35 mm. D'après le dernier catalogue, c'est 32.10 euros pour être précis.

Attention : dans un cas comme dans l'autre, il est indispensable de prévoir une broche creuse à ajouter à votre acquisition, afin de pouvoir utiliser l'outils avec des essieux à pointes comme les JOUEF sans écraser la pointe.

Le but de la manoeuvre est d'enlever d'abord une roue. Généralement, c'est celle montée sur la bague d'isolation qui vient en premier mais ce n'est pas toujours le cas.

Quand c'est fait, on met une goutte de colle cyano. Il faut choisir la version la plus fluide possible. J'utilise une colle Five Stars (voir ici : https://www.kits4models.com/) en qualité "very thin" : elle s'immisce par capillarité entre l'essieu et la roue, c'est parfait.

2. Le gros oeuvre
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On va monter l'essieu et sa roue sur une mini perceuse et utiliser des limes alors PORT DE LUNETTES DE PROTECTION OBLIGATOIRE .

Je tourne à vitesse relativement lente, la plus petite que m'autorise le transfo de cette perceuse. C'est une Maxicraft de 100 W qui monte à 20000 trs maxi. Je pense que la vitesse mini est dans les 7000 trs.

Je travaille avec plusieurs limes. La première que j'utilise sert à dégrossir la hauteur du boudin et à réduire l'épaisseur de la roue. Lime plate, vous apercevez le grain relativement important. C'est la taille maxi des mini limes que vous pouvez trouver en boutiques spécialisées de VPC par exemple ou parfois les plus petites limes que vous trouverez en grande surface de bricolage.

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L'angle d'attaque a son importance et la production de copeaux vous dit tout de suite si vous êtes bons ou s'il faut modifier cet angle. Rapidement, j'utilise une seconde lime, de grain comparable à la première mais demi-ronde. Je vais alors commencer à réduire l'épaisseur du boudin mais aussi continuer à réduire l'épaisseur de la roue en jouant aussi bien sur la face intérieure de la roue que la face extérieure.

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Ces photos montrent comment je maintiens la lime, tête en bas, pointée sur le tapis de travail pour la stabiliser un minimum. La main qui tient la mini perceuse repose sur la table et on joue sur l'inclinaison horizontale de la perceuse et l'inclinaison verticale de la lime pour trouver les angles d'attaques les plus efficaces.

Il est important de ne pas insister si cela n'entame pas la roue. Il est tout aussi important de procéder par petites passes successives et de limiter l'échauffement de la pièce, en particulier quand vous attaquez la roue montée sur la bague isolante en plastique.

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Vous voyez ici en gros plan une roue dont l'épaisseur a été largement entamée, le travail de la lime remontant quasiment jusqu'à la base de l'essieu.

3. Affiner les cotes
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Ne pas oublier évidemment de mesurer la progression régulièrement au pied à coulisse.

Quand on s'approche de la cote à 0.3 ou 0.4 mm près, j'adopte des limes au grain beaucoup plus fins et aux arrêtes plus vives.

On aperçoit ici une lime triangulaire (qui a perdu sa pointe - quand j'écris de porter des lunettes, ce n'est pas pour la frime !) et une lime plate, pointue, dont l'épaisseur lime également.

En jouant alternativement de ces limes, on affine les cotes d'épaisseur de la roue mais aussi celle du boudin, notamment l'épaisseur du boudin (là, la tranche de la lime plate et pointue fait des merveilles). Vous apercevez la limaille importante : évitez de travailler avec du matériel moteur à proximité, les aimants des moteurs apprécient peu de ramasser cette poussière !

4. Travaux de finition
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Une lime au grain très fin et de forme oblongue va permettre d'attaquer la finition. Sa forme particulière va surtout permettre de réaliser, par petites passes successives, les arrondis conseillés à divers endroits (transition plat de la roue-boudin, sommet de l'arrête du boudin : voir les figures des normes MOROP).

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Cette photo illustre à nouveau la façon de tenir les outils pour parvenir au résultat.

N'oubliez pas, soyez patient et veillez à limiter l'échauffement.

Pensez également aux faces intérieures et extérieures de la roue pour la finition, histoire de casser toute arrête rugueuse.

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En dernier lieu, on passe du papier à l'eau de grain très fin ; il suffit de plaquer un petit morceau de ce papier abrasif en l'humidifiant sur la roue en train de tourner. Attention aux doigts, c'est vite chaud !

5. Usiner la seconde roue
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J'ai fais au plus simple. Je remonte la roue sur l'essieu, non pas en position définitive mais de sorte que je puisse fixer à nouveau l'essieux dans la mini perceuse tout en laissant la première roue.

Ne pas oublier de laisser un espace pour mesurer la progression du travail au pied à coulisse.

Une goutte de colle cyano ultra fluide permet de bien la fixer. On laisse sécher bien sûr avant d'attaquer le travail.

Et c'est reparti pour l'utilisation successive des différentes limes. Certaines photos précédentes ont d'ailleurs été prises alors que j'usinais la seconde roue.

L'alternative à ce mode de fixation est de fixer les roues sur une tige filetée au bon diamètre et de bloquer les roues avec des micro écrous. Tout le matériel nécessaire est disponible par exemple chez l'Octant.

6. Résultat final
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Bon, si vous vous êtes bien débrouillé, vous n'allez plus reconnaître vos vieilles roues JOUEF.

Celle qui est là en photo est aux cotes indiquées en ouverture : boudin de 0.6 mm de hauteur, des roues de 2.6 mm d'épaisseur, cote de calage à 14.5 mm.

J'ai utilisé le Puller pour remettre les roues en place à la cote de calage. La force de l'outil vient sans peine à bout de la colle cyano disposée dans les étapes précédentes.

Important : les roues JOUEF aiment bien se balader sur leur essieu d'où la nécessité de remettre une goutte de cyano sur chaque roue quand la cote est calée. C'est bien souvent parce que cette fameuse cote de calage de 14.3 mm n'est pas ou plus respectée que les wagons déraillent et non à cause de la hauteur du boudin.

7. Mise en situation
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Avant ...
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... Après

Deux roues d'origine sur un couvert JOUEF à bogies Y25. Ce modèle sans sabots de frein ne révèle que mieux l'aspect terriblement jouet de ces roues.

L'autre bogie est équipé d'essieux reprofilés et brunis qui plus est. J'ai utilisé le brunisseur chimique de Zébulon. C'est parfait à condition de bien soigner la première étape, celle du dégraissage et du nettoyage.

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Un autre exemple d'utilisation qui vous permettra de mieux apprécier le résultat final : ici, un bogie Y28 de voiture Grand Confort JOUEF profondément remanié et équipé de ces roues reprofilées et brunies.

En conclusion


Le travail est un peu long et il faut être un poil soigneux mais j'espère vous avoir montré que cela pouvait valoir le coup.

Surtout, veillez à protéger vos yeux.

Ensuite, soyez patient et organisé. Je vous ai dit à plusieurs reprises de surveiller l'échauffement des pièces. Ne pas hésiter, pour le ralentir, à changer de roues à chaque étape. On dégrossit quelques exemples avec les grosses limes, puis on y revient pour attaquer la finition une à une et ainsi de suite. Les tours de main viennent vite et les résultats sont rapidement encourageants.

Evidemment, on peut toujours acheter de superbes roues chez nos amis artisans mais si vous devez procéder à quelques arbitrages dans vos investissements et que certains modèles peuvent se contenter sans soucis de ces roues ainsi reprofilées, n'hésitez pas.

A propos
Photos : Christophe MATHIEU - textes : Christophe MATHIEU
Mise en page : Yves DESSE
Publié le 29/06/2006 - Modifié le : 12/11/2022

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